Pourquoi le cerveau se trompe-t-il ?

Les gens ont tendance à croire que le cerveau humain est une machine objective capable de tout gérer parfaitement. Pourtant, cette croyance ne pourrait être plus éloignée de la vérité : notre cerveau commet beaucoup d’erreurs, notamment dans notre façon de penser. Notre cerveau utilise des filtres qui ont évolué au fil du temps pour nous aider à survivre en tant qu’espèce. Mais ce qui était nécessaire à l’époque où nous vivions en petits groupes dans des grottes n’est pas toujours pratique ou applicable à la vie moderne que nous menons aujourd’hui.

These filters in our brain are called cognitive biases. They’re not mistakes in our wiring or the result of neurological mishaps; they have a purpose, and they don’t reflect our levels of intelligence. They’re triggered in all of us under the right circumstances. Essentially, they make us deviate from rational thinking. 

Ces filtres dans notre cerveau sont appelés biais cognitifs. Ils ne sont pas des bugs et ne reflètent pas nos niveaux d’intelligence. Ils sont déclenchés chez chacun d’entre nous dans certaines circonstances. Essentiellement, ils nous font dévier de la pensée rationnelle. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons :

Notre cerveau est puissant, mais il est aussi soumis à des limites. Nous sommes donc programmés pour automatiser nos prises de décision, ce qui nous fait gagner du temps et de l’énergie. Si nous devions réfléchir pendant des heures à chaque décision que nous devons prendre, nous serions beaucoup moins productifs. 

Mais comment ces biais cognitifs se manifestent-ils dans la pratique ? Voici quelques exemples :

LE BIAIS D'AUTORITÉ

On le voit souvent (mal) utilisé dans les publicités. Le biais d’autorité décrit notre tendance naturelle à considérer les opinions et les instructions d’une figure d’autorité comme très influentes et importantes. Ainsi, nous sommes plus enclins à suivre ces instructions. L’autorité ne désigne pas seulement un dirigeant, mais aussi un expert, un professionnel, une personne bien informée, un médecin, un avocat, un scientifique, un grand sportif, un enseignant, etc.

Ce biais influence nos décisions. Comme nous ne pouvons pas tout savoir sur le monde, nous devons nous fier aux compétences et aux connaissances des autres. Nous devons faire confiance aux experts, aux professionnels, aux médecins, etc. Mais il est bon de se rappeler que notre cerveau nous suggère parfois de suivre une personne uniquement en raison de son autorité, et pas nécessairement en raison de la qualité de ce qu’elle a à partager. C’est pourquoi il est utile de revérifier les intentions de l’expert, ses antécédents ou nos propres raisons pour lesquelles les conseils de cette personne semblent valables.

Où pouvez-vous observer ce biais ? Vous pouvez probablement penser à de nombreux exemples réels de leaders à travers l’Histoire que les gens ont suivis, pour lesquels ils ont tué ou pour lesquels ils sont morts. Les leaders peuvent utiliser leur autorité à leur avantage. Cependant, cela peut également s’appliquer aux chefs religieux qui utilisent leur influence pour persuader leurs adeptes. Là encore, vous pourriez vous souvenir d’événements récents de brutalité et de guerre à motivation religieuse.

Mais il y a des centaines de petits événements quotidiens. Comme nous l’avons mentionné, ce biais est souvent employé dans la publicité. Des acteurs en blouse blanche (jouant le rôle de dentistes) recommandent des dentifrices parce que nous considérons leur opinion comme plus valable que celle d’une personne prise au hasard. Dans une publicité Dell à succès, Sheldon Cooper (ou plus précisément, l’acteur Jim Parsons qui joue Sheldon Cooper, le célèbre personnage super intelligent de la série télévisée The Big Bang Theory) vendait des ordinateurs Dell. Jim Parsons s’y connaît-il en ordinateurs ? Pas vraiment, mais nous l’associons au nerd de la série qui sait tout sur les ordinateurs, et nous avons donc tendance à nous fier inconsciemment à ses conseils. Ainsi, bien qu’il soit normalement très bénéfique pour nous de suivre l’exemple des figures d’autorité de la société, nous devrions tout de même réfléchir à l’origine de l’autorité que nous attribuons à ces personnes et à ce qu’elles nous persuadent exactement de faire.

En fait, il est facile de simuler l’autorité. Dans une publicité pour du dentifrice, il suffit de mettre une blouse blanche à quelqu’un pour que le cerveau accorde inconsciemment plus de poids à son opinion.

Le biais d’autorité est un problème sérieux en politique. Si une certaine personnalité politique fait preuve de charisme, de leadership ou d’autres signes que nous associons à l’autorité, ses caractéristiques sont souvent considérées comme plus importantes que le contenu de son discours. Non pas en raison de la valeur de ses arguments et de la qualité de ses références, mais en raison de son aura d’autorité. C’est l’une des raisons pour lesquelles des personnalités comme Hitler ont pu obtenir un soutien aussi large. Il faisait appel à la prédisposition innée des gens à suivre et à faire confiance aux autorités. Ce n’est pas de notre faute, car nous sommes programmés de la sorte depuis la préhistoire, mais nous pouvons tout de même faire quelque chose pour éviter ce phénomène.

Que pouvez-vous faire pour contrer le biais d’autorité ? Parfois, il suffit de se poser les questions suivantes : a) S’agit-il vraiment d’une autorité sur le sujet? b) Y a-t-il des raisons qui pourraient affecter la véracité de l’opinion de cette autorité ? c) Vérifiez à nouveau pourquoi vous suivez ou votez pour certains politiciens. Est-ce parce que vous pensez qu’ils sont compétents ? Savez-vous vraiment ce qu’ils défendent ? Pouvez-vous citer les caractéristiques et les politiques réelles de ces personnes qui prouvent leur compétence ?

LE FAVORITISME POUR LE GROUPE INTERNE CONTRE LE GROUPE EXTERNE

Le favoritisme de groupe est l’un des biais les plus étranges et les plus courants. Nous survivons en groupe, et c’est ainsi que la quasi-totalité de notre vie sociale et émotionnelle en tant qu’êtres humains a évolué. Faire partie d’un groupe nous protège contre les dangers de la vie en solitaire. Nos ancêtres en avaient besoin pour survivre. Ce qui a évolué parallèlement à ce mode de vie, c’est le favoritisme de groupe, qui nous pousse à nous accrocher à notre propre groupe : quel que soit le groupe auquel vous vous identifiez (votre classe, votre groupe d’amis les plus proches, les supporters d’une équipe sportive, etc.), vous avez tendance à avoir une meilleure opinion des membres de “votre” groupe que des membres des “autres” groupes (par exemple, l’équipe rivale ou les personnes qui vont dans une autre école).

Ce biais peut se produire dans tous les environnements. Par exemple, supposons que vous êtes un supporter de l’équipe de football de Manchester United et que vous assistez au match qui l’oppose à Barcelone. Dans ce cas, vous minimiserez probablement tout acte violent commis par les supporters de l’équipe que vous soutenez, tout en jugeant plus sévèrement les supporters de l’équipe adverse s’ils font la même chose. Il en va de même pour les joueurs : si le joueur principal de votre équipe commet une faute, vous serez probablement plus indulgent à l’égard de ce qu’il a fait et vous plaindrez plus facilement que le joueur blessé joue la comédie.

Nous le faisons tout le temps et dans de nombreux contextes. C’est une tendance tellement innée que des études montrent que des personnes peuvent être assignées au hasard à un groupe avec d’autres personnes avec lesquelles elles n’ont rien en commun, même avec d’autres personnes qu’elles n’ont jamais rencontrées auparavant, et pourtant, une fois regroupées, elles vont commencer à agir plus positivement envers les membres de leur groupe et développer plus facilement une relation négative avec les membres appartenant à un groupe différent. Cela se produit sans autre raison que le fait que ce biais est si profondément ancré en nous, en tant qu’êtres humains, qu’il peut se déclencher automatiquement lorsque nous percevons que nous appartenons à un groupe. Cela s’accompagne d’une tendance à avoir une opinion négative des membres de l’autre groupe, auquel nous n’appartenons pas. Comme dans l’exemple des supporters de football, il ne s’agit pas seulement de penser que nous sommes meilleurs, mais aussi de juger sévèrement ce que fait l’autre groupe. Nous développons un sentiment d’identité en opposition à eux, construit sur l’idée qu’ils sont moins bien que nous.

En fait, il s’agit là d’une des bases de la discrimination : avoir une meilleure opinion de soi et du groupe auquel on appartient et une moins bonne opinion d’un autre groupe. Cela peut avoir pour conséquence de dénigrer, voire de maltraiter les membres du groupe extérieur dans la vie réelle.

Vous pouvez probablement imaginer la facilité avec laquelle ce biais est utilisé à mauvais escient. Ce qui est vraiment difficile avec les biais cognitifs, c’est qu’ils se déclenchent automatiquement, comme un réflexe, sans que nous en ayons conscience. Ils font, en fait, partie de notre inconscient, ce qu’on appelle la pensée automatique. Ils peuvent donc vous influencer. Le marketing et la communication politique, en particulier, peuvent cibler vos biais pour vous persuader d’acheter quelque chose ou de voter pour quelqu’un.

Le biais “groupe interne vs. groupe externe” est utilisé chaque fois qu’un politicien parle de “nous” contre “eux”, c’est-à-dire “notre peuple, auquel nous appartenons”, et “les autres personnes, auxquelles nous n’appartenons pas”. Il existe littéralement des millions d’exemples de ce genre. Vous ne vous en souvenez peut-être pas, mais lorsque le président américain George W. Bush a voulu partir en guerre contre le groupe terroriste Al-Qaida et a donc attaqué l’Afghanistan et l’Irak, il a prononcé un discours tristement célèbre :

“Les Américains se demandent : Pourquoi nous détestent-ils ?”

Ils détestent ce qu’ils voient ici même dans cette enceinte : un gouvernement démocratiquement élu. Leurs dirigeants sont autoproclamés. Ils détestent nos libertés : notre liberté de religion, notre liberté d’expression, notre liberté de voter et de nous réunir, et notre liberté de désaccord avec les autres. […] Ils s’opposent à nous parce que nous nous opposons à eux.

Il s’agit d’une technique qui fait appel au biais qui oppose les groupes. Des mots comme “nous”, “notre”, “nos”, “ils” et “elles” sont des exemples typiques de discours où l’orateur divise la société en deux catégories. Le public-cible est “nous”, les “bons”, et “ils” sont les “méchants”. Cette division peut déclencher automatiquement ce biais. De plus, il est facile de les persuader que le groupe externe identifié est un danger potentiel (nous verrons cela avec le biais de négativité) et de contribuer à mobiliser les Américains pour la cause : lutter militairement contre “eux”.

En fait, de nombreux hommes politiques de différents pays utilisent dans leurs discours des récits biaisés qui opposent les groupes de façon simpliste. En voici quelques exemples :

“Vos pays sont remplis de bases américaines avec tous les infidèles qui s’y trouvent et la corruption qu’ils répandent”. Ces propos ont été tenus par le chef d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, qui a appelé les musulmans à attaquer les cibles militaires américaines, européennes, israéliennes et russes dans un discours prononcé à l’occasion du 18e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 (les tristement célèbres attentats du 11 septembre contre les tours jumelles de Manhattan et d’autres cibles sur le sol américain par le groupe terroriste Al-Qaida).

“La défense de nos valeurs et de notre identité passe par une régulation de la présence islamique et des organisations islamiques en Italie”. C’est ce qu’a déclaré le politicien d’extrême droite italien Matteo Salvini.

Vous voyez ? Il y a toujours “nous”, qui sommes des gens un peu meilleurs, que ce soient les musulmans pour al-Zawahiri ou les Italiens pour Salvini. Et il y a toujours des “méchants” : pas seulement ceux qui font de mauvaises choses, des terroristes, des tueurs et ainsi de suite, mais toute une ethnie, une nation entière. Pour le chef d’Al-Qaeda Ayman al-Zawahiri, le groupe inférieur est constitué des Américains et de ceux qui ne suivent pas leur conception de l’islam, tandis que pour Salvini, tous les musulmans sont un problème.

Il s’agit d’une technique bien connue d’Hitler également. Il a dit un jour que “le chef de génie doit avoir la capacité de faire apparaître différents adversaires comme s’ils appartenaient à une seule catégorie”. C’est ainsi que vous créez un sous-groupe facilement reconnaissable, “eux”, “les méchants”, “les ennemis”, et il est très facile de les rendre responsables de certaines mauvaises choses, de diriger votre colère contre eux.

Mais comment surmonter cette tendance à l’opposition ? Tout d’abord, en prenant conscience de ce biais. La prochaine fois que vous entendrez un politicien affirmer que c’est “nous” contre “eux”, pensez que ce n’est jamais aussi simple que cela et rappelez-vous la diversité que vous pouvez trouver même au sein du plus petit groupe auquel vous appartenez. Ainsi, la diversité est également vraie pour les autres groupes. Rappelez-vous que ce n’est pas parce que vous n’êtes pas proche d’un groupe qu’il constitue nécessairement une menace ou un groupe dont il faut avoir peur.

LE BIAIS DE CONFIRMATION

Vous avez probablement déjà été confronté au biais de confirmation, peut-être sans même vous en rendre compte. Le biais de confirmation est le grand ennemi de la science et du processus d’apprentissage. En effet, les recherches montrent que nous sommes très doués pour rechercher des informations, mais que nous n’évaluons pas nécessairement l’objectivité de ces informations.  En fait, nous avons tendance à rechercher des informations qui confirment ce que nous pensons déjà savoir sur un sujet. Plus nous nous sentons forts sur un sujet, plus nous avons tendance, plus ou moins inconsciemment, à ignorer les faits et les informations qui contestent notre opinion existante, ainsi qu’à rechercher et à sélectionner uniquement les confirmations de nos croyances.

C’est un peu comme faire une recherche sur Google – vous verrez apparaître des résultats qui correspondent plus ou moins à ce que vous avez écrit dans la barre de recherche auparavant. Vous recevrez des tonnes d’informations apparemment pertinentes, mais vous n’avez probablement pas tenu compte de la façon dont vous les avez recherchées. Par exemple, supposons que vous pensez que les pommes sont bonnes pour la santé lorsque vous essayez de rechercher la valeur nutritionnelle des pommes. Dans ce cas, vous taperez probablement “les pommes sont saines” au lieu de quelque chose de plus neutre, comme “les effets des pommes sur la santé”.

Nous recueillons et interprétons les informations de manière sélective pour confirmer nos croyances et opinions existantes. Nous pouvons aller jusqu’à juger sévèrement les critiques de nos croyances, en mettant en doute les sources de données, l’auteur, les faits et leur intégrité, tout en ne remettant pas en question les sources qui confirment nos propres croyances. Il s’agit d’un double standard, qui nous rend vulnérables aux fake news et à la désinformation.

Le biais de confirmation peut avoir de graves conséquences. Par exemple, supposons qu’un policier menant une enquête criminelle ait un soupçon sur un crime, par exemple sur l’identité du coupable. Dans ce cas, il pourrait juger les preuves qu’il recueille de manière à dévaloriser celles qui contestent sa propre hypothèse tout en accordant plus de crédit à celles qui confirment son opinion. C’est dangereux car cela peut conduire à des conclusions erronées. Ou bien, si nous avons déjà certains biais à l’égard de certains groupes, par exemple le sentiment que les politiciens des partis sont corrompus, nous sommes plus enclins à prêter attention aux sources et aux rapports qui confirment ces hypothèses, et nous leur accordons plus de poids qu’aux rapports qui nous montrent des exemples positifs de la politique et du travail des politiciens.

Le biais de confirmation est souvent à la base des canulars et des fake news. Les gens peuvent croire ces choses parce que cela confirme quelque chose en quoi ils croient déjà ou veulent croire. Et il ne s’agit pas non plus d’un phénomène moderne. Les canulars existent probablement depuis que les gens vivent dans des sociétés.

Un exemple particulièrement sanglant s’est produit au Moyen Âge.

Au Moyen Âge, l’antisémitisme était très répandu, principalement pour des raisons religieuses. De nombreux chrétiens de l’époque considéraient les Juifs responsables de la mort de Jésus et les tenaient pour collectivement responsables de cette mort. Dès les Croisades, les Juifs ont été progressivement limités dans l’exercice de certaines professions, obligés de porter un badge jaune, voire expulsés des villes et des pays (la première expulsion de Juifs en Europe a eu lieu en Angleterre en 1290).  A l’époque, une maladie mystérieuse est apparue au milieu du XIVe siècle, appelée la peste noire. La maladie, causée par des bactéries et d’autres agents pathogènes, a débuté en Mongolie et s’est rapidement propagée en Chine. Elle s’est propagée en Europe à la suite d’une bataille entre les Mongols et l’armée génoise dans la péninsule de Crimée. La maladie s’est répandue, tuant 20 à 25 millions d’Européens et 35 millions de Chinois en l’espace d’une décennie.  À cette époque, les gens ne connaissaient pas l’existence des virus ou des bactéries, de sorte que la détérioration de la santé était souvent attribuée à un empoisonnement. Dès l’arrivée de la maladie en Europe en 1346, certains ont accusé les Juifs d’avoir empoisonné les puits, ce que nous pouvons considérer aujourd’hui comme un exemple de fausse nouvelle.  Celle-ci était propagée par le bouche-à-oreille, à une époque où les médias de masse n’existaient pas encore. Les puits étaient une partie importante de l’infrastructure des villes médiévales – une source d’eau potable. Parmi les autres preuves “confirmant” la fausse nouvelle, les gens affirmaient que les Juifs étaient moins touchés par la maladie. Cela aurait pu être attribué au fait que les Juifs vivaient dans des zones de ségrégation, ne se rendaient pas souvent aux puits publics, ou au fait que leurs pratiques religieuses exigeaient une hygiène plus stricte.

Cette terrible conspiration s’est répandue comme une traînée de poudre et, par conséquent, dans des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la France et la Suisse, les communautés juives ont été attaquées et ont ensuite été victimes de violents pogroms. Des milliers de Juifs sont morts ou ont été expulsés à cause de ce mensonge.

Mais pourquoi les gens y ont-ils cru ? Parce que beaucoup de biais et de méfiance étaient déjà présents dans ces sociétés. Le complot était une explication qui confirmait ce qu’ils voulaient croire, à savoir, pour faire simple, que les Juifs sont des “méchants”. Le cerveau préfère une explication qui confirme déjà ce que vous pensez, car cela permet d’économiser du temps et de l’énergie par rapport à une longue réflexion que vous auriez à faire si votre opinion était contestée.

Aujourd’hui encore, des incidents violents se produisent à cause de canulars et de conspirations. En Inde, une vidéo a circulé sur WhatsApp affirmant que des hommes enlevaient des enfants. 24 personnes ont été tuées à travers l’Inde parce que des gens les ont prises pour les prétendus kidnappeurs d’enfants. En fait, la vidéo qui circulait était fausse – elle avait été fortement modifiée et coupée d’une vidéo de campagne pour la sécurité des enfants au Pakistan.

Mais que pouvez-vous faire pour ne pas tomber dans le piège du biais de confirmation ? Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas avoir de convictions et qu’il y a toujours du vrai, même dans les théories les plus absurdes. En effet, certaines choses sont tout simplement fausses, et nous pouvons être sûrs de beaucoup de choses. Garder à l’esprit le biais de confirmation peut nous aider à être plus ouverts à d’autres explications et à mettre à l’épreuve nos propres convictions. Lorsque vous vous formez une opinion, essayez d’évaluer si vous la fondez sur des faits. Avez-vous fait des recherches ? Si vous l’avez fait, est-ce qu’un autre utilisateur sur Instagram ou Twitter a écrit quelque chose qui sonnait juste pour vos propres croyances, et c’est pourquoi vous vous sentez confirmé dans vos convictions ? Le recours à plusieurs sources peut vous aider à vous assurer que vous êtes réellement informé et non dupé.

L'EFFET D'ENTRAÎNEMENT

Comme nous l’avons mentionné plus haut, les humains ont évolué pour vivre et survivre en groupe et le fait de s’associer aux autres membres d’un certain groupe permettait de garantir l’appartenance des humains à celui-ci. L’effet d’entrainement décrit comment les gens ont tendance à adopter des croyances, des opinions et des idées plus les autres les ont déjà adoptées. Lorsque de plus en plus de personnes croient en quelque chose, d’autres “prennent le train en marche”, indépendamment des preuves factuelles sous-jacentes. En d’autres termes, si nous pensons qu’une opinion particulière est très populaire, nous sommes plus enclins à l’adopter également pour faire partie de ce que nous percevons comme “l’équipe gagnante” en raison de la popularité de cette opinion. Lorsqu’il semble que la majorité du groupe fait une certaine chose, il devient de plus en plus difficile de ne pas faire la même chose.

C’est également la base des tendances de la mode : plus les gens voient d’autres personnes porter quelque chose, plus ils auront envie de le porter eux-mêmes. Combien de fois n’avez-vous pas aimé un certain type de chaussures et avez-vous fini par en acheter une paire parce que tous vos amis la portaient ? Combien de fois avez-vous eu peur d’admettre que vous aimiez un artiste et fait semblant de ne pas l’aimer parce que vos amis disaient toujours qu’ils n’aimaient pas sa musique ?

Les êtres humains ont tendance à se conformer. Cela a ses avantages. Faire ce que les autres font nous permet essentiellement de gagner du temps pour découvrir ce qu’il en est par nous-mêmes. En faisant confiance à l’analyse des autres, nous n’avons pas à faire le travail de recherche. Cela nous permet également d’appartenir à un groupe. D’un autre côté, cela nous pousse à soutenir des opinions ou à faire des choses que nous n’aimons pas vraiment ou qui nous semble une mauvaise idée.

Dans une expérience célèbre qui a été répétée de nombreuses fois, on a présenté à des personnes un ensemble de bâtons et on leur a demandé de désigner celui qui était clairement plus court que les autres. Tous les membres du groupe, à l’exception d’un seul, ont reçu pour instruction de donner, de manière persuasive, une mauvaise réponse à la question “Quel est le bâton le plus court ? ” On a observé que la personne qui n’avait pas reçu d’instructions se rangeait généralement du côté de l’opinion de la majorité, même s’il était évident que le bâton était le plus court. En effet, 75 % des personnes se rangeaient du côté de la majorité et donnaient une mauvaise réponse à une question simple, conformément à l’instinct de conformité profondément ancré en nous.

Ce phénomène est très utile à exploiter pendant les campagnes politiques et les scrutins : plus une personne voit d’autres personnes voter pour un certain parti ou candidat, plus elle est susceptible de voter également pour ce parti ou ce candidat.

Cela ne signifie pas que tout ce que l’on fait ou aime est dû au fait que l’on suit le groupe. Cependant, il est bon de garder à l’esprit que nos choix peuvent parfois être influencés par d’autres personnes, même sans que nous en ayons conscience, et que nos actions peuvent refléter notre tendance naturelle à vouloir faire partie d’une équipe “gagnante”. Ironiquement, on a tendance à se moquer de quelqu’un qui nous semble être un mouton qui suit une tendance politique ou commerciale bizarre.

En réalité, nous avons tous tendance à le faire. Même la participation politique est le plus souvent basée sur les inclinations des personnes qui nous entourent, nos amis, nos pairs ou les membres de notre famille.

Comment compenser l’effet d’entraînement ? Prenez parfois le temps de réfléchir honnêtement à la raison pour laquelle vous suivez une certaine tendance. Est-ce parce que vous l’aimez ou parce que vos amis l’aiment ? Rappelez-vous pourquoi vous votez pour un certain parti politique ou pourquoi vous en faites partie – êtes-vous réellement en phase avec ce qu’il propose ou votre objectif est-il de vous aligner sur les autres ?

Sur une note positive, vous pouvez également utiliser ce biais pour améliorer votre vie. Associez-vous à des personnes que vous admirez et respectez, car vous pourriez très bien adopter leurs opinions ou imiter leurs actions. Trouvez un groupe qui ne vous incite pas à faire le mouton.

LE BIAIS DE NÉGATIVITÉ

Il vous est sûrement arrivé que quelqu’un vous insulte ou dise du mal de vous, peut-être même dans votre dos, ou que vous échouiez dans quelque chose, et que cette expérience ruine votre humeur pendant très longtemps. Même si tout s’est parfaitement déroulé ou si d’autres personnes ont dit des choses agréables à votre sujet, les commentaires négatifs sont restés gravés dans votre mémoire comme un chewing-gum sur une chaussure.

Évidemment, il est normal que certaines choses qui nous arrivent nous fassent sentir mal, que nous soyons parfois tristes ou que nous souffrions à cause d’elles, mais le cerveau humain fonctionne d’une manière telle que les expériences négatives, et les émotions négatives qui les accompagnent, ont tendance à rester plus longtemps. Une mauvaise insulte, un retour négatif ou un examen raté ruinent notre humeur avec beaucoup plus d’efficacité et de durée que la joie découlant d’un succès ou d’un compliment. Selon des études, il faut compenser une chose négative par trois choses positives de même intensité pour en égaliser l’impact.

C’est ce qu’on appelle le biais de négativité, et il avait autrefois une fonction vitale pour notre survie en tant qu’espèce : les humains ont une tendance naturelle à apprendre davantage des informations négatives. Il était essentiel de se souvenir des choses et des expériences négatives pour les éviter à l’avenir, par exemple une rencontre avec un ours à un certain endroit dans une forêt. Ne pas retourner à cet endroit augmentait les chances de survie. De même, apprendre à éviter un membre du groupe qui profère une insulte diminue le risque d’aggraver les relations avec les autres membres du groupe, ce qui augmente les chances de survie en tant que membre d’un groupe. Cependant, nous vivons dans un monde complètement différent aujourd’hui, ce qui signifie que nous n’avons pas réellement besoin du biais de négativité pour notre survie, la plupart du temps.

Ce biais, ou filtre cérébral, signifie également que nous nous concentrons beaucoup plus rapidement sur les informations négatives que sur les positives. Cela explique pourquoi nous sommes tellement attirés par les nouvelles négatives et pourquoi elles dominent le cycle des nouvelles. Cela explique aussi pourquoi nous entendons si souvent des appels à la menace et à la peur dans les messages politiques – ils captent vraiment notre attention et restent dans notre mémoire. Et plus la représentation est négative, plus nous associons de sentiments et d’opinions négatifs au sujet. Cela explique aussi pourquoi les images négatives (menaçantes, montrant la violence ou un certain danger) se répandent sur les médias sociaux comme une traînée de poudre.

Mais comment lutter contre le biais de négativité ? Aussi cliché que cela puisse paraître, nous pouvons préparer notre cerveau aux choses positives. Lorsqu’un biais de négativité est déclenché – à cause d’un avis négatif, par exemple – essayez de vous rappeler que c’est à cause du biais de négativité que nous nous sentons si mal et rappelez-vous les choses positives déjà entendues. Nous mémorisons mieux les choses négatives ; il est donc bon de rappeler de temps en temps les moments positifs ; nous devons donner à notre cerveau des informations positives sur lesquelles se concentrer.

L'EFFET DES MÉDIAS HOSTILES

Lorsque nous lisons les infos, nous ne nous contentons pas de lire du texte brut. Nous digérons et interprétons l’information. En passant par nos propres valeurs et prédispositions existantes, ce traitement peut déformer le message du texte original. Mais comment cela fonctionne-t-il exactement ?

Lorsque nous avons une opinion (disons, sur le végétarisme), nous avons tendance à penser que le contenu des médias est biaisé contre notre opinion et qu’il privilégie beaucoup plus les opinions opposées (celles des mangeurs de viande). Cela est vrai pour une même information : si un groupe de végétariens et un groupe de personnes qui méprisent le végétarisme ou aiment manger de la viande lisent le même commentaire, ils peuvent tous deux le percevoir comme favorable à l’opposition et biaisé contre leur propre point de vue.

L’explication est que nous interprétons les nouvelles à travers le prisme de nos propres biais et convictions. Autrement dit, si le reportage ne correspond pas à notre conception de la réalité, il doit être biaisé, corrompu ou inexact. En même temps, il est peu probable que nous considérions comme déséquilibré un reportage qui nous est favorable – nous n’appliquons généralement pas les mêmes normes aux nouvelles qui s’alignent sur notre point de vue. Plus le sujet nous tient à cœur, plus l’effet d’hostilité des médias se fait sentir.

Cela se produit dans d’autres contextes, par exemple dans le sport. Les amateurs de sport perçoivent l’arbitre comme ayant un parti pris contre leur équipe bien plus souvent qu’ils ne le perçoivent comme ayant un parti pris en faveur de leur équipe. Lorsque des supporters d’équipes adverses regardent le même match, ils considèrent souvent que l’arbitre a un parti pris contre leur propre équipe. Il ne s’agit pas seulement d’un biais émotionnel. Dans des études récentes, on a demandé aux supporters de compter le nombre de fautes commises par les deux équipes. Ils ont systématiquement indiqué que leur propre équipe commettait moins d’infractions qu’elle ne l’a fait en réalité, ce qui donne l’impression que l’arbitre est partial.

Cet effet se produit dans le contexte des médias grand public où nous sommes conscients que la question en jeu est perçue par un grand nombre de personnes. Si nous considérons qu’un article est biaisé, ou “hostile”, à l’encontre de notre position, nous avons le sentiment que les médias rendent compte de manière déformée d’une question qui est importante pour nous et que de nombreuses personnes seront influencées par cette information déformée. Attention : il ne s’agit pas d’une question de qualité de certains médias. Certains médias sont meilleurs que d’autres, mais les médias grand public s’efforcent généralement de présenter des informations exactes. Certains articles sont des commentaires subjectifs, mais nous parlons ici de reportages généraux, qui ont pour but d’être objectifs. Mais l’effet des médias hostiles se manifeste même pour les articles les plus objectifs. Il s’agit d’une question de perception d’hostilité, et non des qualités objectives d’un reportage.

Il peut alors arriver que les gens aient le sentiment que ce média, ou les grands médias en général, ne sont pas objectifs et se sont “vendus” à certains groupes d’intérêt. Par conséquent, ces personnes peuvent chercher des sources alternatives, souvent en dehors des grands médias, certaines d’entre elles produisant des informations de qualité ou de caractère douteux.

Certains politiciens malhonnêtes font appel à ce biais cognitif en qualifiant tous les médias d'”hostiles” ou de partiaux, alors qu’en réalité, ils ne font généralement que rapporter les faits et n’omettent pas les détails négatifs. Regardez ce que Donald Trump, l’ancien président américain, a tweeté à propos des médias :

“Quel est l’intérêt d’organiser des conférences de presse à la Maison Blanche lorsque les merdias ne posent que des questions hostiles, et refusent ensuite de rapporter la vérité ou les faits avec exactitude. Ils ont obtenu des taux d’audience record, et les Américains ne reçoivent que des fake news. Cela ne vaut pas la peine de perdre du temps et de faire des efforts ! “

Bien sûr, certains aspects des reportages des médias peuvent être critiqués, mais Trump a admis qu’il n’aimait pas les médias parce qu’ils ne rapportaient pas ce qu’il voulait. Il s’agissait néanmoins d’un moyen efficace de susciter l’effet des médias hostiles parmi ses partisans, afin qu’ils se méfient également des grands médias.

Que devons-nous faire alors pour compenser cet effet ? Tout d’abord, il est bon de savoir que le biais existe afin de pouvoir essayer plus de consommer des informations provenant d’un éventail de sources officielles différente. Tous les organismes d’information ont au moins un certain degré de partialité, tout comme chaque article. Mais, en recueillant des informations auprès d’un éventail diversifié de sources, ces biais devraient être quelque peu équilibrés. Une autre stratégie consiste à examiner d’autres réactions à la même nouvelle. Supposons qu’une personne estime qu’un article est biaisé en faveur de sa position et que les partisans de la position opposée pensent la même chose. Dans ce cas, il est probable que l’article soit en fait quelque peu neutre.

L'EFFET DE SUPÉRIORITÉ DE L'IMAGE

Le biais de supériorité de l’image est simple : nous nous souvenons normalement mieux des photos et des images que du texte. Les gens sont susceptibles de se souvenir de 10 % de ce qu’ils ont lu trois jours plus tard. Si vous ajoutez une image pour renforcer ce texte, ils s’en souviendront d’environ 65 %. C’est pourquoi les publicités et l’internet regorgent d’images, afin d’attirer notre attention et de vendre un message dont nous nous souviendrons mieux.

La préférence pour les images par rapport aux informations textuelles semble aller de soi. Des faits et des chiffres viennent étayer cette affirmation. Notre cerveau n’a besoin que d’1/10 de seconde pour comprendre une image. En revanche, la lecture de 200 à 250 mots prend en moyenne 60 secondes. Selon des études, les gens se souviennent 6 fois mieux des informations visuelles que de celles qu’ils ont lues ou entendues. Cela s’applique également au fonctionnement des médias sociaux et à la diffusion de leur contenu. Les infographies (c’est-à-dire des images explicatives accompagnées de données) sont 200 % plus souvent partagées en ligne que les publications sans images, et les publications Facebook avec images obtiennent plus de 3,2 fois plus d’engagement (réactions) que celles sans images.

Nous devons être conscients de ce biais car nous réagissons très fortement aux images. C’est d’autant plus important que les images peuvent être utilisées pour nous manipuler ou nous persuader d’une manière que nous ne souhaitons pas vraiment.

Les images choquantes peuvent être utilisées à bon escient, comme vous le voyez dans ces exemples de communication non marchande contre le massacre des animaux pour leur fourrure et contre le fait de faire du vélo sans casque. L’image transmet le message et vous permettra de vous souvenir du contenu du message.

Comment les images peuvent-elles transmettre du sens ou manipuler les gens ? Prenons l’exemple du groupe terroriste islamiste ISIS. Il a été actif en Irak et en Syrie tout au long de la guerre d’Irak (il est apparu en 2004 et a été vaincu en 2017) et a tenté d’établir un État fondé sur l’islam dans ces régions. Cet État était appelé “califat”, et de tels califats ont déjà existé par le passé, le dernier ayant été dissous au début du XXe siècle. Dans son “califat”, ISIS a régné par la terreur, commettant des atrocités contre les populations locales, la minorité yazidie et les personnes LGBT. Les vidéos de membres d’ISIS décapitant des “Occidentaux” faisaient partie de la propagande d’ISIS publiée en ligne. Mais l’imagerie utilisée par ISIS pour dépeindre son État islamique était loin de ce qui se passait réellement sur le terrain :

Comme dans cet exemple, ISIS a souvent utilisé une imagerie très positive décrivant le califat comme le paradis sur terre pour appeler les musulmans du monde entier à se joindre à leur effort. Nous n’analysons généralement pas les images qui accompagnent les articles ou ce que nous voyons en ligne. Nous les voyons en un clin d’œil, et elles et leurs éléments suscitent rapidement des émotions. C’est pourquoi l’effet de supériorité des images est si puissant. Le danger vient du fait que nous traitons les indices de manière automatique, que nous traitons les informations sans vraiment le savoir ou le remarquer. Nous sommes constamment ciblés par la communication politique et autre, et nous n’en sommes souvent pas pleinement conscients.

Il est bon de réfléchir aux images que nous voyons sur les médias sociaux ou à celles qui accompagnent les nouvelles que nous lisons étant donné qu’elles peuvent avoir un impact considérable sur la façon dont nous nous sentons face à une histoire. Lorsqu’il s’agit d’une question politique importante, arrêtez-vous une seconde pour voir quelles images sont utilisées – sont-elles neutres ou véhiculent-elles un message en elles-mêmes pour vous influencer ?

L'EFFET DE L'HUMOUR

L’effet de l’humour signifie que les gens se souviennent mieux des informations lorsqu’ils les perçoivent comme humoristiques. Par exemple, un enseignant peut utiliser l’effet de l’humour pour aider les élèves à apprendre un certain concept par le biais d’une histoire drôle qui l’illustre dans la pratique.

Les gens sont généralement mieux à même de se souvenir d’informations qu’ils perçoivent comme humoristiques que d’informations qu’ils ne perçoivent pas comme amusantes. Cela s’explique par le fait que l’humour dynamise la mémoire, qu’il s’agisse d’informations verbales, comme des mots et des phrases, ou visuelles, comme des images et des vidéos. L’humour accroît l’intérêt. Il réduit également les émotions négatives.

Les recherches suggèrent que les gens se souviennent mieux de ce qui est drôle en raison du rappel et que regarder des vidéos drôles fonctionne comme une pause mentale dans le travail ; les gens sont même plus performants lorsqu’ils effectuent des tâches difficiles. Dans une étude, les personnes qui ont regardé un clip vidéo drôle ont passé deux fois plus de temps sur une tâche fastidieuse que les personnes qui ont regardé des vidéos neutres ou positives (mais pas drôles).

Bien sûr, ce biais est souvent utilisé dans les publicités et sur Internet. Les mèmes, les blagues et les vidéos drôles restent plus facilement dans notre mémoire et sont beaucoup plus partagés que les textes écrits.  Mais l’humour peut aussi aller dans l’autre sens – vous vous souviendrez mieux d’une histoire ou d’un mème qui critique quelqu’un juste parce que c’était drôle. L’humour rend les choses inacceptables plus acceptables. Nous ne parlons pas ici d’humour “incorrect”, mais du fait de rendre certains sujets acceptables parce que vous pouvez plus facilement les balayer en disant “oh allez, c’était juste une blague”. Cela peut, par exemple, prendre la forme d’attaques vraiment violentes contre des personnalités politiques.

Par exemple, l’humour peut rendre les blagues racistes acceptables. Il ne fait aucun doute qu’elles sont aussi parfois drôles, mais le problème sous-jacent est que les gens s’en souviennent plus facilement (grâce à l’effet de l’humour, nous nous souvenons mieux des choses drôles). Ainsi, le message que la blague véhicule est plus facilement inconsciemment accepté par le public.

L’humour peut véhiculer certaines idées qui auraient l’air bien pires si elles étaient dites ou affirmées telles quelles. Par conséquent, l’humour est souvent utilisé à mauvais escient dans le discours politique pour dire des choses qui, autrement, ne seraient pas acceptables. Il permet à un groupe politique d’avoir l’air accessible, mais avec ces messages, il fixe également de nouvelles limites à ce qu’il est acceptable de dire.

Cela ne veut pas dire que vous devez maintenant regarder d’un œil suspicieux toutes les blagues qui circulent ; faites simplement attention à l’humour dans un contexte politique, sur des pages satiriques, amusantes ou sur des pages de groupes politiques. Prenez parfois quelques secondes pour vous demander si le message, sans la blague, ne dépasserait pas un peu les bornes ou si on se sert de votre sens de l’humour pour accepter des idées qui ne vous plaisent pas.

L'EFFET D'ASSOUPISSEMENT OU L'AMNÉSIE DE LA SOURCE

L’effet d’assoupissement signifie que nous nous souvenons généralement des informations que nous percevons comme drôles, négatives, scandaleuses, etc. mais que nous avons tendance à oublier la source du message. Cela se passe comme suit : nous entendons ou voyons un message persuasif, mais il nous semble suspect et, pour cette raison, nous considérons que la source n’est pas crédible. Au début, nous ne croyons pas l’information, mais avec le temps, nous pouvons oublier d’où vient l’information et nous souvenir uniquement de ce qui a été dit. Et c’est là que le bât blesse : une fois que l’on ne sait plus d’où vient l’information, on commence à la croire ! C’est parce que nous avons dissocié le message du messager, ce qui peut augmenter la force de persuasion.

C’est ainsi que les fake news ou toutes sortes de chiffres fantaisistes peuvent rester dans notre mémoire. Nous “oublions” d’être critiques à leur égard car nous avons oublié la fiabilité de la source.

Comment cela se passe-t-il dans la vie de tous les jours ? C’est la base du marketing de bouche-à-oreille ; les critiques de produits sont diffusées de cette façon. Il peut s’agir d’un ami qui vous en parle, d’un vendeur ou d’une critique lue sur un forum. Sur le moment, vous savez clairement qui vous considérez comme crédible pour recommander un bon produit, mais, plus tard, vous ne vous souviendrez probablement que de l’essentiel de l’avis.

Par exemple, croire l’idée que les vaccins causent l’autisme résulte de l’effet d’assoupissement. Une étude a prétendu le prouver, mais elle a fini par être discréditée et, plus tard, elle a été invalidée parce que les affirmations faites se sont révélées fausses. Cependant, les gens se souviennent de l’information initiale selon laquelle les vaccins causent l’autisme et oublient que la source s’est avérée peu fiable.

Ce biais est également très présent dans les campagnes politiques. Il peut y avoir une escroquerie inventée, une fausse histoire négative sur un candidat, fournie par une source totalement non fiable. Au début, les gens se méfieront du message, mais plus tard, lorsqu’ils auront oublié où ils l’ont entendu, ils se souviendront de vagues affirmations négatives contre le candidat. Cela affecte largement les électeurs indécis qui, dans un premier temps, considèrent ces événements comme des tentatives de diffamation, mais qui, par la suite, en raison de l’effet d’assoupissement, ne gardent que le souvenir du message, et non de la source, ce qui les amène à voter contre les candidats diffamés.

L’effet d’assoupissement est également à la base de la raison pour laquelle les fake news sont si répandues. Les fake news sont des nouvelles inventées qui sont créées pour désinformer le public ou le submerger de propagande. Les gens peuvent se méfier du message au début, mais par la suite, au fil du temps, ils ne retiennent que l’information et oublient la source. Par conséquent, le résultat au fil du temps peut être que les personnes qui se sont d’abord méfiées de l’information peuvent finir par la croire.

L’effet peut disparaître si on rappelle aux gens la source. La seule façon efficace de surmonter tous les effets de l’effet d’assoupissement est de remettre en question et d’enquêter sur la source de vos connaissances. Si une certaine information vous parvient, déterminez la solidité de la source et évaluez la validité de l’information avant d’agir de quelque manière que ce soit.

LA RÉTROSPECTION POSITIVE

Nous souffrons tous du biais de la rétrospection positive. Si vous pensez à vos dernières vacances, qu’imaginez-vous ? Probablement une plage de sable, de bons moments entre amis, de magnifiques couchers de soleil ou des vues du sommet d’une montagne. Vous ne pensez pas aux petits désagréments qui ont gâché vos vacances, comme les longues files d’attente pour certains monuments, la nourriture insipide ou les conflits que vous avez eus avec d’autres voyageurs. Ces désagréments se sont estompés – le souvenir des vacances est devenu plus positif – et vous vous souvenez plus tard d’une image disproportionnellement plus positive de l’événement.

Ainsi, la rétrospection positive est une perspective biaisée dans la mesure où elle nous amène à juger le passé plus positivement dans notre souvenir que comme on l’a vécu. De nombreux facteurs contribuent à ce phénomène : les émotions passées sont moins intenses que celles du présent et nous pensons au passé de manière plus abstraite qu’au présent, où nous devons faire face à toutes sortes de petits détails, comme l’exécution de tâches ennuyeuses. Il est également important que nous sachions déjà comment l’histoire passée s’est terminée. Nous savons comment les événements se sont déroulés, alors que nous ne savons pas comment nos aventures vont se dérouler dans le présent. Il y a donc pas mal d’incertitude et de stress. Pour le passé ? Non, il ne reste qu’une image positive. Cela peut vous rappeler la nostalgie, mais la nostalgie n’est pas nécessairement basée sur une perspective biaisée. La rétrospection positive consiste à regarder le passé à travers des lunettes roses, à déformer le souvenir et à oublier les aspects négatifs.

Lorsque les gens ont de bons souvenirs du passé, ils ont également tendance à les appliquer aux circonstances politiques ou à la société tout entière. Souvent, les gens ont tendance à juger plus positivement les gouvernements passés parce qu’ils les associent positivement à leur jeunesse. Cependant, le bonheur de leur jeunesse n’avait probablement rien à voir avec un gouvernement particulier. C’est là que la propagande politique s’appuie fortement sur la rétrospection positive, en faisant appel au sentiment des gens que “les choses étaient mieux avant”. “Comme nous l’avons vu, c’est souvent simplement parce que les gens ont oublié les aspects négatifs au fil du temps.

De nombreux politiciens aiment faire appel à ce biais cognitif. Chaque fois que quelqu’un promet de “revenir au passé glorieux” ou “à l’époque où les choses étaient traditionnelles”, il/elle cherche à déclencher une rétrospection positive – notre biais à nous souvenir du passé de manière disproportionnée et plus positive. C’était peut-être mieux, mais généralement pas à cause de la politique. Peut-être simplement parce que les gens étaient plus jeunes.

Regardez à quoi cela peut ressembler dans un discours prononcé par un politicien de Konfederacja, un parti politique polonais de droite :

“Je veux un pays de gens qui ne rejettent pas leurs racines et leur foi, n’humilient pas leurs figures d’autorité. Telle est la majorité des Polonais ; ils veulent la normalité et le bon sens. Ils souhaitent développer la tradition polonaise de manière évolutive, et non en la rejetant au nom d’une modernité mal comprise…”

Il brosse un tableau idyllique de la Pologne traditionnelle, menacée par les changements et le progrès. C’est inné dans le cerveau de se laisser séduire par le sentiment que c’était vraiment mieux avant. C’est pourquoi il est délicat de fonder ses convictions politiques sur une rétrospection positive. Il convient de garder à l’esprit que le passé n’a jamais été aussi exempt de stress qu’il n’y paraît lorsqu’on y réfléchit, et que le présent est souvent meilleur qu’il n’y paraît lorsqu’on le vit.

Sources: 1. George W. Bush address: https://www.washingtonpost.com/wp-srv/nation/specials/attacked/transcripts/bushaddress_092001.html; 2. Winston Churchill quote: https://www.bbc.com/news/magazine-29701767; 3. Ayman Al Zawahiri quote: https://www.aljazeera.com/news/2019/9/11/al-qaeda-leader-urges-attacks-on-the-west-on-9-11; 4. Matteo Salvini quote: https://www.brainyquote.com/quotes/matteo_salvini_970885; 5. Antisemitism in Medieval Europe  Source: https://www.anumuseum.org.il/blog-items/700-years-before-coronavirus-jewish-life-during-the-black-death-plague/, https://www.britannica.com/topic/anti-Semitism/Anti-Semitism-in-medieval-Europe; 6. How Misinformation on WhatsApp led to a mob killing in India, The Washington Post, https://www.washingtonpost.com/politics/2020/02/21/how-misinformation-whatsapp-led-deathly-mob-lynching-india/; 7. Melanie Tamble: 7 Tips for Using Visual Content Marketing, https://www.socialmediatoday.com/news/7-tips-for-using-visual-content-marketing/548660/; 8. pictures: www.peta.org, https://www.globalgiving.org; 9. Excerpts from a speech made by one of the politicians from the Konfederacja Party: https://www.pap.pl/aktualnosci/news%2C666017%2Cbosak-polacy-zasluguja-na-kogos-lepszego-niz-duda-czy-trzaskowski.html 

This activity is part of the Project PRECOBIAS